
Epaves
Toutes ces épaves échouées sur nos côtes bretonnes ont eu un nom, une immatriculation et une fonction : langoustiers, thoniers, palangiers, chalutiers, goémoniers, caseyeurs ...
Pour la plupart, leur histoire s'est perdu avec le temps... mais il me tenait a coeur de la retrouver ...
J'ai donc entrepris un long travail de recherche : sur Internet, dans d'anciens livres, en interrogeant les chantiers naval, les anciens, le voisinage des cimetières marins, en ressortant de vielles coupures de presse, ou en interrogeant les affaires maritimes ...
Toutes mes recherches n'ont pas été couronné de succès, certaines épaves attendent encore que je retrouve leur mémoire ... j'y travaille ...
Je leur en ai fait la promesse !
Ces photos et ces textes sont leur histoire.

L'Etoile du Berger MX 195135
Repose au cimetière de bateaux de Camaret sur mer
Les étoiles ne s'éteignent pas !
Avec mes 19 mètres, je suis l'un des gros langoustiers camarétois. Construit en 1956 au chantier Keraudren à Camaret, je disposais d'un vivier et d'une glacière.
Mon nom était inscrit sur la cabine en lettres jaunes sur fond bleu, autour d'un dessin d'une étoile.
Etoile du Berger, astre le plus brillant après le soleil et la lune, qui grâce à sa visibilité remarquable aux premières lueurs du jour et du coucher du soleil, indique respectivement l'Est le matin et l'Ouest le soir. Etoile du Berger qui guide les voyageurs et les bergers depuis la nuit des temps.
Avec un tel nom, impossible de me perdre ! J'ai pêché la langouste au Portugal, au Maroc et en Méditerranée. Je pratiquais également la pêche au thon durant l'été.
Puis j'ai quitté mon port d'attache de Camaret pour Morlaix dans les années 70 pour pêcher le crabe et le homard en Manche.
En 2012 je suis revenu finir mes jours devant la Chapelle N.D. de Rocamadour.

Le Kalinka MX300088
Repose au cimetière de bateaux du Diben
La tradition des étoiles !
Je suis un Palangrier de fond construit en 1965 au chantier Rolland Père & Fils à Plougasnou. Ma charpente est en chêne et ma quille en orme. Il aura fallu un an et près de 11 500 heures de travail pour m'achever.
Mon nom est inspiré d'une chanson russe populaire dans les années 60 : « Kalinka » qui ne signifie pas « étoile rouge », contrairement à ce que pensait mon patron pêcheur qui souhaitait perpétuer la tradition familiale, mais qui est un diminutif affectueux du mot "Kalina," qui désigne le "viorne," un type d'arbuste à baies rouges. Dans sa famille, tous les bateaux s'appelaient « Étoile » (L'Étoile Filante pour le grand-père, L'Étoile des Ondes, L'Étoile d'Arbor…).
J'ai navigué principalement dans la Manche. Je déployais jusqu'à 15 km de ligne afin de pêcher du poisson noble (raie, turbot, bar), une technique qui abîmait très peu l'habitat marin et qui donna naissance à l'expression « poisson de ligne ».
Je repose désormais tout proche du chantier qui m'a vu naitre. Un retour aux sources bien mérité pour finir mes jours là où tout a commencé.
